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Vaporwave : entre nostalgie et critique du capital...

Vaporwave : entre nostalgie et critique du capitalisme

Visuel : Ihsen TLILI, Art Director
Instagram : Director_i


Vaporwave : entre nostalgie et critique du capitalisme


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Ça va les yeux ?

Vaporwave

Genre musical (difficilement définissable) et mouvement artistique né dans les années 2010, la vaporwave est ce mois-ci à l’honneur sur le blog, pour la simple et bonne raison qu’elle me fascine ! Peut-être que vous vous demandez vraiment de quoi je vous parle. Ou même que vous aviez cru à un bug informatique ou à un diabolique virus d’un autre temps quand vous avez vu cette drôle de fenêtre apparaître, qui n’est décidément pas de votre système d’exploitation. Dans le cas contraire, vous êtes vraiment trop nostalgique. Et c’est sûrement une raison supplémentaire pour apprécier la vaporwave !

En quelques mots, la vaporwave est un courant inspiré de la culture rétro, de la technologie et de la publicité, avec une nostalgie certaine pour les années 1980/90. En quelques mots de plus, cela semble être une vaste blague. Une parodie de notre société consumériste et de la culture pop. En d’autres termes, la vaporwave est une critique dystopique (= lorsque l’utopie vire au cauchemar) du capitalisme. 

Et si vous vous demandez pourquoi « vaporwave », sachez qu’il est issu du terme anglais vaporware, désignant les produits informatiques qui ont été annoncés au public mais qui n’ont jamais été fabriqués ni distribués. Sans que leur sortie n’ait été annulée pour autant. Ces derniers flottant alors entre phase de conceptualisation et cimetière numérique infini.  

A l’origine

Sous genre du sea punk (où se mêlaient figures du hip-hop des années 1990, esthétisme technologique avec l’omniprésence de dauphins, de mers bleu turquoise horriblement pixelisées), la vaporwave est avant tout un courant musical né sur Internet.

Ces pionniers ne sont autres que Daniel Lopatin (Oneohtrix Point Never) et James Ferrero. Mais si vous voulez davantage découvrir le genre et ses évolutions, écoutez l’album de Floral Shoppe, Macintosh Plus, qui est une formidable référence (en tout cas celle que je préfère). Sans oublier Vektroid, Internet Club, Saint Pepsi ou encore Blank Banshee

“La vaporwave est fondée sur rien et représente le Capital dans son apparence la plus informe. C’est le fantôme des musiques d’entreprise, un genre-tombeau pour les centres commerciaux vides. Si tout ce qui est solide se fond dans l’air, alors la vaporwave est une critique de la musique créée dans le vide aérien de la société capitaliste.”

Grafton Tanner, auteur de Babbling Corpse : vaporwave and the Commodification of Ghosts

Les ingrédients de la vaporwave

A la base de la vaporwave, on retrouve toujours des samples de l’environnement sonore des années 1980/90 diffusés dans les lieux de passage, au travail ou dans les temples de la consommation (musique d’ascenseur, de centres commerciaux, de salles d’attente…). Ces sons (qu’on appellerait aussi Muzak) ont essentiellement pour but de masquer les bruits désagréables, les voix ou encore de favoriser un climat idéal pour pousser le consommateur à l’achat.

Dans la vaporwave, on les perçoit loopés, réverbérés, pitchés et mixés à d’autres genres divers et variés (disco, pop, funk, rnb…). Créant au final des ensembles parfois relativement oppressants. Prenez une musique d’ascenseur qui tourne au ralenti, d’une qualité sonore volontairement dégradée : ça peut sonner glauque. Cette façon récurrente de ralentir le tempo, peut-être vue comme une opposition à notre société accélérationniste. En tout cas, on en ressent le contraste. 

Sadboy” : quand la vaporwave est spleen

Dans ce sens, il n’est d’ailleurs pas surprenant de constater un malheureux lien avec des substances comme la codéine. Largement mis en avant par des artistes comme Yung Lean, excellant dans un hip-hop quand même bien influencé par la vaporwave.

Le terme « sadboy » est d’ailleurs aussi régulièrement associé au mouvement pour bien des raisons. Ce genre musical décrivant parfaitement cette génération voulant s’échapper de son quotidien, d’une société de consommation et d’un monde qui la dépasse. Entre chômage, crise écologique et menaces terroristes. En bref, un moyen de se déconnecter du monde réel au profit du cyberespace. Et de rêver, tout simplement.

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Une formidable source d’inspiration

Loin de n’être réduit qu’à ça, la vaporwave est relativement addictive car elle sait être funky, jazzy et forcément planante. C’est une véritable invitation au rêve et à la relaxation à laquelle on prend rapidement goût si l’on sait lâcher prise. Elle saura aussi vous donner des envies de danse endiablées sur fond de disco !

Mais elle est surtout une formidable source d’inspiration pour un tas d’artistes qui font naître des sous-genres (comme la Simpsonwave, l’hypnagogic ou chillwave, la future funk…) et tellement d’autres genres hybrides difficilement définissables. Au final, le mouvement vaporwave est très riche et il serait dommage de ne se contenter que de sa forme la plus pure.

La playlist que je vous ai concocté n’est donc pas à 100% vaporwave telle qu’on la connaît à l’origine, mais avec ses belles mutations qui la rendent si vivante !


L’esthétisme de la vaporwave

Dans les compositions visuelles du mouvement vaporwave, surnommées A E S T H E T I C, on retrouve souvent les mêmes éléments :

  • logos emblématiques du capitalisme, produits de consommation, publicités
  • pixel art sur Paint sous Windows 95/98, glitch art
  • couleurs vives ou pastels, du rose au violet, quand ce n’est pas un arc en ciel holographique de couleurs
  • ambiances tropicales
  • Miami
  • Tokyo
  • sculptures antiques (car absolument intemporel)
  • jeux-vidéos rétro
  • dessins animés japonais
  • dauphins (référence au sea punk)

Cybernostalgie

Globalement, on remarque une nostalgie très marquée pour l’univers technologique des années 90. Allant d’une mise en avant via des screenshots de l’univers de Windows 95, à tout ce qui est aujourd’hui obsolète (VHS, CD, consoles de jeu..).

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L’amour du Japon

On ressent aussi une forte influence de la culture japonaise, en particulier de l’esthétisme de Tokyo et ses néons. De cette ville surpeuplée qui ne dort jamais et qui semble être restée bloquée dans un univers coloré et kitsch propre aux années 90. Tokyo étant aussi incontestablement le berceau de la culture geek, sa connexion avec le mouvement vaporwave paraît alors des plus évidentes.

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La vaporwave selon Director_i

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Il y a quelques temps, j’ai eu l’immense plaisir de découvrir le travail d’Ihsen TLILI (alias Director_i) sur Instagram ! Ce photographe et graphiste français, a su reprendre les codes de l’esthétisme de la vaporwave.

Le résultat est saisissant et d’une grande créativité. Des séries du rose pastel au violet à l’ambiance japonaise néonisée, des corps parfaits aux belles voitures, des grandes marques caricaturées aux palmiers de Miami, la galerie Instagram de Director_i est aussi bluffante qu’addictive. En plus d’offrir un merveilleux exemple de ce mouvement artistique qui me plaît tant !

Bref, je vous invite fortement à suivre de près ses créations 😉

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Glitch Art 

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Ainsi s’achève ce focus sur la vaporwave !

Vous connaissiez ce mouvement artistique ? Vous adhérez ?

Au plaisir de lire vos réactions ! 🙂


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  1. Amandine

    24 août

    C’était un peu étonnant de voir un article sur Vaporwave sur ton blog mais j’adore l’idée. Ce mouvement me fascine également, je ne me lasse pas de ces différentes images qui circulent sur le web, complètement psychédélique mais j’adore. A travers ce mouvement, on se remet vraiment en question sur la technologie et la société d’aujourd’hui. J’aime ce retour aux années 80/90. Je reste un peu surprise que certains n’ont jamais connu les cassettes (sauf maintenant avec le retour des cassettes), les VHS ou même les disquettes. Windows 95. C’est complètement fou. Puis je pense que personne n’est indifférent à la Vaporwave. Chaque image choque positivement ou négativement et c’est ce qui me plait. Et même ceux qui ne connaissent pas, sont intrigués.

    J’ai tout particulièrement aimé ton article car je ne me suis jamais vraiment renseigné à ce sujet donc tu m’en as appris pas mal sur la Vaporwave 💕🐬

    • Marine Lepaul

      31 août

      Un grand merci d’avoir pris le temps de développer sur le sujet !
      Gros bisous ♥

  2. […] Ma sélection shopping d’inspiration vaporwave […]

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