4 livres que j’ai dévoré en 2018

livres 2018

Mes meilleures lectures de l’année

Voilà, nous sommes déjà en 2019. Les voitures volantes n’ont jamais été aussi proches. Mais en attendant de pouvoir télécharger du savoir directement dans notre crâne bionique, on peut toujours lire des tonnes de livres, pour apprendre ou pour rêver. Et il est vrai qu’en matière de lecture, ma soif de connaissances l’emporte souvent sur celui de m’évader dans une oeuvre fictive. Enfin, je n’en fais pas une règle en soi. J’aime aussi bien m’embarquer dans de longues histoires inventées de toutes pièces, entrer dans la peau de personnages inconnus, ressentir leurs émotions. Il n’empêche que durant l’année qui vient de s’écouler, les romans se sont fait plus rares que les essais. Et si j’en ai lu quelques-uns, il m’a sans doute semblé moins important de vous en parler.

Mais je ne pouvais pas mieux commencer cette nouvelle année qu’en vous faisant partager les quelques livres qui m’ont le plus marquée.

Et j’en profite par la même occasion pour vous souhaiter mes meilleurs voeux ! 🙂


La nudité du pouvoir de Roland Gori

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“Certaines pathologies témoignent du risque qu’il y a à préférer l’ombre à la proie, le monde de l’idéalité à celui de l’expérience sensible, les contacts numériques aux relations charnelles. Dans un ouvrage passionnant (“Seuls ensemble”), l’anthropologue et psychologue Sherry Turkle formule très justement ce que constatent aujourd’hui de nombreux psys : “La technologie nous charme lorsque ce qu’elle a à nous offrir parle à notre fragilité humaine. Et nous sommes en effet fragiles. Nous souffrons de la solitude alors que l’intimité nous effraie. Les connexions numériques et les robots sociaux nous donnent l’impression d’être entourés sans avoir les contraintes de l’amitié. Notre vie en réseau nous permet de nous cacher les uns des autres tout en étant étroitement connectés. Nous nous retrouvons de plus en plus, aujourd’hui, face à des humains addicts au numérique, addicts à une drogue numérique qui viendrait “briser leurs soucis”, et leur rendrait acceptable d’être privés de la démocratie authentique.”

Cet extrait m’a beaucoup marqué pour une évidence un peu honteuse de notre temps qu’il fait apparaître. Celle d’une société qui se déshumanise toujours plus, sous le joug d’un gouvernement qui réforme la France à son image : technocratie, finance et rhétorique humaniste. La nudité du pouvoir est un brillant ouvrage qui promet de vous faire “Comprendre le moment Macron”. Il offre en tout cas de belles perspectives d’éveil et de réflexions.

Paname Underground de Zarca

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“Me v’la au 5, rue Gaston-Darboux, dans la cage d’escalier d’un immeuble délabré – boîtes aux lettres déglinguées, murs tagués et craquelés, ampoule grésillante suspendue au plafond – en compagnie d’Ousmane, de Crâne conique, de Béquille et de quatre autres crackeurs tous plus fooleks les uns que les autres, et je me rends compte à quel point je ressemble à une luciole au milieu de cette clique de karlouches.”

L’histoire d’un type qui pour vaincre l’ennui décide d’écrire un guide sur la facette underground de Paris, sur tous ces endroits cachés que nous ne voyons pas. J’avais dévoré les Vernon Subutex de la talentueuse Virginie Despentes, j’ai adoré la plume encore plus hard de Zarca, dynamitée par son argot et par l’escalade de la violence tout au long du polar. En grattant sur les meilleures gagneuses de Pigalle, les tox de la Chapelle, les combats clandestins et tout ce qui fait les bas-fonds de la capitale, Zarca s’imaginait déjà se faire des burnes en platine avec cette autofiction quand même bien crade. C’est presque gagné avec un Prix de Flore que le Mec de l’Undergound a bien mérité.

Happycratie : Comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle sur nos vies de Edgar Cabanas et Eva Illouz

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“Indépendamment de la question de savoir si la science du bonheur est en elle-même bonne ou mauvaise, il est essentiel de se demander quels acteurs sociaux considèrent l’idée de bonheur comme une idée utile, quels intérêts et quels postulats idéologiques cette idée sert activement, et quelles sont les conséquences économiques et politiques de sa mise en pratique à grande échelle. A cet égard, l’approche scientifique du bonheur et l’industrie du bonheur qui a fait son apparition et qui prospère avec elle contribuent de façon significative à entériner l’idée selon laquelle la richesse et la pauvreté, le succès et l’échec, la santé et la maladie seraient de notre seule responsabilité. Cela légitime également l’idée selon laquelle il n’y aurait pas de problème structurel mais seulement des déficiences psychologiques individuelles; autrement dit, et pour citer une formule de Margaret Thatcher, qu’il n’y aurait pas de société mais seulement des individus. Et il se pourrait que nous comprenions d’ici peu que le bonheur tel qu’il est formulé aujourd’hui n’est rien d’autre que l’esclave des valeurs imposées par la révolution culturelle néolibérale.”

Des livres de développement personnel, à l’application qui mesurerait votre niveau de bonheur et vous rendrait plus heureux (Happify), en passant par l’embauche de Chief Happiness Officer dans les start-ups et autres grands groupes, jamais l’industrie du bonheur n’a été aussi juteuse. La sociologue Eva Illouz nous met en garde : la psychologie positive a transformé la quête du bonheur en tyrannie. Devenue idéologie de notre siècle, elle fait peser sur l’individu tout le poids de son destin social, l’invitant à la résilience et à l’art de positiver, quitte à le perdre dans une vaine obsession de lui-même, jusqu’à l’happycondrie.

La culture du narcissisme : La vie américaine à un âge de déclin des espérances de Christopher Lasch

christopher lasch

“Un grand nombre de gens que l’on dit, par euphémisme, appartenir à la classe moyenne parce qu’ils vont au travail “bien habillés”, sont maintenant réduits à des conditions d’existence prolétariennes. Beaucoup d’emplois de bureau ne demandant pas plus de compétences que les postes en usine sont encore moins bien payés que ces derniers, et ne confèrent guère de prestige ou de sécurité. La propagande de mort et de destruction que diffusent sans arrêt les grands moyens d’information, ne fait qu’ajouter à l’atmosphère d’insécurité. Les famines lointaines, les tremblements de terre affectant des régions reculées, les guerres et révolutions des antipodes attirent la même attention que les événements se déroulant près de chez nous. Le côté arbitraire des reportages sur ces désastres renforce le caractère arbitraire de l’expérience elle-même ; l’absence de continuité des informations, – la crise d’aujourd’hui cédera demain la place à une autre crise sans rapport avec la précédente – intensifie le sentiment de discontinuité de l’histoire, l’impression de vivre dans un univers où le passé n’éclaire pas le présent, et où le futur est devenu complètement imprévisible.”

J’ai découvert par hasard cet ouvrage écrit par l’historien américain Christopher Lasch et paru pour la première fois en 1979. Et s’il ne date vraiment pas d’aujourd’hui, ce superbe essai que j’invite chacun à découvrir, a eu pour moi une résonance toute particulière tant je le trouve d’actualité. La culture du narcissisme, décrite comme un symptôme de l’idéologie du progrès, revient sur toutes ces grandes évolutions qui ont fragilisé nos psychismes en prenant pour point de départ les prémices de notre société capitaliste, aux États-Unis, dans les années 60.


Et vous, quels ont été vos livres favoris en 2018 ? 🙂


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  1. Rokusan

    9 janvier

    Je ne suis pas une grande lectrice, mais j’ai découvert la série de livres « Vivre ma ville » avec « Les portraits de Tokyo » et « Les portraits de Kyoto » et j’ai vraiment accroché au concept. C’est une autre sorte de guide, bien plus personnel ! Cela m’a permis, entre autres, de savoir si j’allais m’y retrouver ou non, si j’allais accrocher ou non, en dehors « des choses à voir et à faire », mais plutôt sur le plan personnel. Bref je te les recommande ! 🙂

    • Merci beaucoup pour cette découverte ! Le Japon m’attire beaucoup et la perspective d’un guide plus personnel et authentique me fait très envie. Je me le note sur ma wishlist de livres.
      Belle journée à toi 🙂

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