L’interdiction du coton en France par Colbert n’a pas empêché l’engouement pour les indiennes au XVIIIe siècle. La dentelle, réservée à la noblesse sous l’Ancien Régime, s’invite plus tard dans la garde-robe bourgeoise. Le pantalon, longtemps symbole de rébellion, finit par remplacer la culotte après la Révolution.
Entre 1715 et 1914, les vêtements reflètent autant les bouleversements sociaux que les innovations techniques. Les lois somptuaires tentent de contenir les excès ; pourtant, les frontières entre les classes se brouillent au fil des décennies, sous l’effet des modes et des progrès industriels.
Comprendre la mode entre 1715 et 1914 : une histoire de transformations culturelles et sociales
Paris s’impose très tôt comme le centre nerveux de la mode. Dès le XVIIIe siècle, la capitale prend la main, façonne les tendances et impose ses codes bien au-delà des frontières françaises. À Versailles, sous Louis XV, la vie sociale se lit dans la richesse des tissus, la minutie des dentelles, le faste des brocarts. Ici, l’habit ne sert pas qu’à se couvrir : il affiche le rang, la fortune, l’appartenance à une élite. Les hommes portent gilet, culotte, habit à la française, tandis que la robe à la française, reconnaissable à ses fameux plis Watteau, devient le symbole d’une époque où le paraître commande le quotidien.
Le XIXe siècle arrive et tout s’accélère. La révolution industrielle fait bouger les lignes : les étoffes se diversifient, la production s’intensifie, le vêtement se démocratise. Les soieries de Lyon, les cotonnades venues d’Asie, le denim de Nîmes… Paris et Lyon rivalisent d’audace. Les maisons de couture voient le jour : Worth, dès 1858, ouvre la voie à une génération de créateurs qui marquent la silhouette urbaine. La mode, jusque-là privilège de la cour, se déploie dans les rues, les salons, les vitrines, portée par l’élan de l’industrie et le souffle des expositions universelles.
Pour mieux cerner l’ampleur de ce bouleversement, voici quelques repères clés :
- Les expositions universelles mettent à l’honneur les prouesses textiles et attirent les regards du monde entier.
- La presse spécialisée, de La Mode Illustrée au Journal des Dames et des Modes, façonne et propage le goût du jour.
- L’Europe emprunte, adapte, rivalise : la silhouette féminine se métamorphose en passant du corset à la crinoline, puis à la tournure, jusqu’à la robe à la Sissi.
La mode française ne se limite plus aux salons dorés de la noblesse. Elle infuse la société tout entière, traverse les milieux, se réinvente au gré des musées et des ateliers, de Paris à Londres. Chaque vêtement, chaque accessoire, porte la trace d’un siècle en mouvement.
Qu’est-ce qui distingue les grandes périodes vestimentaires de l’Ancien Régime à la Belle Époque ?
La mode avance au rythme des époques, façonne et refaçonne la silhouette au gré des règnes et des révolutions. Sous l’Ancien Régime, la structure prime : corsages baleinés, jupes imposantes, habits codifiés qui traduisent, sans ambiguïté, la hiérarchie sociale. Sous Louis XIV, la robe française naît, imposant jupe à paniers et brocart luxueux. Plus tard, la robe volante chère à Marie Leszczynska libère le corps, tout en conservant la solennité de la coupe. L’étiquette reste reine : chaque détail compte, chaque pli porte une signification.
Au XVIIIe siècle, la mode masculine s’affine : gilets brodés, habits à la française, culottes ajustées. Le choix du tissu, la coupe, la couleur : tout est message. La distinction se fait dans le raffinement. Cependant, la ville voit poindre la sobriété, là où la cour cultive encore le spectacle. Le coton de Nîmes, précurseur du denim, fait son entrée, pressentant déjà l’avènement d’une mode plus accessible.
La Renaissance, quant à elle, réinvente la géométrie du vêtement : symétrie, velours, manches amovibles. Les influences italiennes, espagnoles, germaniques bousculent les traditions. Arrive la Belle Époque : la robe retrouve de la légèreté, la taille se fait haute, la fluidité s’impose, la dentelle se généralise. La mode s’ouvre, prépare la voie à une liberté nouvelle, celle du XXe siècle.
| Période | Caractéristique | Élément iconique |
|---|---|---|
| Moyen Âge/Renaissance | Rigidité, accumulation de couches | Corps baleiné, manches amovibles |
| XVIIIe siècle | Volumes, broderies, distinction sociale | Robe à la française, habit gilet culotte |
| Belle Époque | Légèreté, fluidité, innovation textile | Robe souple, dentelle, plissé |
Vêtements, accessoires et matières : plongée dans le quotidien des garde-robes d’autrefois
Ouvrir une garde-robe d’antan, c’est découvrir un univers où chaque pièce a sa fonction, chaque étoffe son langage. Les occasions dictent les choix : la robe à la française pour les grandes cérémonies, le gilet brodé pour les moments d’apparat, la jupe à pièce d’estomac pour une allure impeccable. Le corset à baleines sculpte la silhouette, imposant une discipline dont témoignent encore les portraits d’époque. Les tissus, eux, parlent de voyages et d’échanges : soie de Lyon, taffetas, satin, gros de Tours, lampas brillant sous la lumière, drap de laine ou toile de lin pour la vie de tous les jours.
La différence se joue dans les détails. Pour les hommes, l’habit gilet culotte compose la tenue de référence : veste parfaitement coupée, gilet décoré, culotte courte. Côté féminin, la robe jupe pièce s’accompagne d’accessoires choisis : châle de Cluny, manchettes brodées, éventail raffiné. Le manteau-robe protège lors des sorties, tandis que la robe volante se prête à des instants plus détendus. La robe anglaise, enfin, marque l’arrivée d’une modernité discrète.
Pour illustrer la richesse de ces garde-robes, voici quelques éléments marquants :
- Broderies délicates, passementeries sophistiquées, boutons recouverts : le savoir-faire des artisans s’exprime partout.
- La chambre réserve sa propre élégance : robe de chambre en coton ou en lin, jamais portée au-dehors.
- La toile de coton des Indes, diffusée par la Compagnie, s’impose peu à peu, mettant à mal l’hégémonie de la soie.
Adapter sa tenue au contexte devient une règle tacite : travailler, recevoir, sortir… chaque moment a sa palette, ses matières, ses nuances. Certaines pièces traversent le temps, comme la robe française manteau ou la pièce d’estomac, tandis que le lampas se décline à l’envi. La mode d’hier, déjà, conjugue usage, statut et innovations textiles.
Entre distinction sociale et innovations, comment la mode a-t-elle façonné les identités ?
La mode ne se contente pas d’habiller les corps : elle classe, sépare, signale. À Paris, sous la surveillance attentive de Versailles, le vêtement devient un langage. L’habit à la française distingue la noblesse, tandis qu’une blouse simple trahit la condition ouvrière. Soie, taffetas, brocart, lampas : ces matières précieuses révèlent le statut sans un mot. L’écart s’affiche, parfois plus fort que la parole.
Les accessoires dessinent les frontières : canne, éventail, tricorne, souliers à boucle, tout compte pour affirmer sa singularité, pour se distinguer entre citadin et provincial. Les portraits de Jacques-Louis David ou Jean François Troy témoignent : la mode sert de carte d’identité sociale, implacable et lisible.
Pour saisir ce jeu subtil entre vêtement et identité, quelques repères s’imposent :
- La robe volante ou la robe à la polonaise incarnent le glissement du XVIIIe au XIXe siècle dans le vestiaire féminin.
- Chez les hommes, l’irruption du pantalon efface la culotte, symbole d’une nouvelle émancipation.
- La Compagnie des Indes, en diffusant la toile imprimée, bouscule les usages et introduit de nouvelles couleurs dans la rue.
Au fil du temps, la modernité s’infiltre : innovations textiles, créateurs audacieux, bouleversements sociaux. Worth, Poiret, Lanvin, Balenciaga… ces noms résonnent dans les musées, les boutiques vintage, les brocantes. Dior, Chanel, Saint Laurent, repris par Galliano ou Rei Kawakubo, dessinent à leur tour des silhouettes qui dépassent la simple fonction de s’habiller. Le vêtement devient manifeste, revendication, miroir d’une époque. Aujourd’hui encore, la garde-robe est bien plus qu’un vestiaire : c’est un terrain de jeu, un terrain d’expression, une mémoire vivante à porter sur soi.


